Brève histoire des femmes au Québec

Par Marie-Anne Noël, étudiante en enseignement du secondaire de l’Univers Social et prochainement étudiante au certificat en études féministes

Présentation de l’autrice Denyse Baillargeon

            Ce texte porte sur deux chapitres lus dans le cours Histoire des femmes au Québec, à l’Université Laval. Ces deux chapitres intitulés : « La révolution féministe », 1966-1989 » et « Les femmes dans une société néolibérale, 1990-2010 » ont été écrits par Denyse Baillargeon, professeure d’histoire émérite à l’Université de Montréal. Retraitée à l’heure actuelle, ses domaines de spécialisations sont l’histoire de la petite enfance, de la santé, des femmes et de la consommation (McGill, 2021). L’objectif de l’autrice consiste à concentrer l’histoire générale des femmes au Québec et les enjeux auxquels elles sont confrontées de la fin du XIXe et du milieu du XXe siècle. Cet ouvrage de synthèse puise ses informations dans des livres, des articles et des sites Internet, majoritairement des sources secondaires.

Photo de Denyse Baillargeon

Synthèse

            L’éclatement de la rhétorique des sphères privée et publique engendre une « révolution féministe ». En effet, c’est l’explosion du modèle de la ménagère assujetti financièrement à son mari. C’est le féminisme de la « deuxième vague ». Les bouleversements qu’aura engendrés cette époque particulière laisseront une empreinte immuable sur tout l’Occident (Baillargeon, 2012, p. 181).

            Soutenus par les transformations socio-économiques de l’après Deuxième Guerre mondiale (1939-1945), nous assistons dès lors à la résurgence du mouvement féministe. Des idées sont véhiculées dans le but de promouvoir l’égalité économique, sociale, culturelle, politique et juridique entre les sexes en militant pour les droits des femmes dans la vie publique et dans la vie privée. Les transformations qu’engendre ce mouvement sont amplement perceptibles et les revendications des féministes s’attaquent, sans contredit, au fondement même des rapports de genres. Sans évoquer tous les domaines touchés par ces changements, cette partie du texte s’attarde aux plans social, économique et juridique du statut des femmes au Québec entre 1966 et 1989.

            Amorcée bien avant 1966, on note une transformation sociale observable qu’est la diminution de la taille de la famille. Ce changement de mentalité envers l’institution familiale provoque de profondes inquiétudes, entre autres, chez les nationalistes. En effet : « Le nombre moyen d’enfants par femmes demeure, jusqu’au début des années 2010, sous le seuil du renouvellement de la population (…) ». Ce changement est dû au recours croissant des couples à la contraception, notamment à la pilule contraceptive (Baillargeon, 2012, p. 182). Aussi, l’enjeu de la stérilisation est en vogue à l’époque, malgré son caractère irréversible. La libéralisation de l’avortement, l’une des plus grandes luttes sociales de la période, a eu lieu dès 1969 (Baillargeon, 2012, p. 183). De fait, les femmes prennent contrôle de leurs corps, donc elles exercent un contrôle sur la natalité. Nous observons que le visage de la famille s’est transformé de manière très significative. Entre autres, grâce aux revendications des mouvements féministes et à ces femmes militantes qui ont su se battre pour obtenir ces droits.

            Une autre transformation notable, du point de vue économique, c’est la participation croissante des femmes au marché de l’emploi. Cet accroissement considérable est observable au début des années 1970. En 1980, le taux d’activité des femmes se situe à 50 %, les femmes mariées en emploi représentent 54 % à contrario de 22 % en 1961 (Baillargeon, 2012, p. 184). Toutefois, les femmes se concentrent majoritairement dans des emplois dits traditionnellement féminins, comme secrétaires, caissières, infirmières ou domestiques. Nous remarquons aussi de grands écarts salariaux entre les hommes et les femmes, même si ces dernières sont souvent plus scolarisées. Elles sont jugées, par plusieurs, comme incompétentes et moins performantes que certains hommes. En effet, les femmes qui travaillent à temps plein reçoivent en moyenne 66 % du salaire des hommes en 1986 contre 60 % en 1975. Nous remarquons une nette amélioration de la condition économique des femmes, mais les inégalités salariales persistent toujours. Néanmoins, de nombreuses associations féministes dénoncent ces inégalités. Elles les estiment comme de la discrimination systémique et elles revendiquent l’équité salariale (Baillargeon, 2012, p. 185).

            Adopté en 1964, le projet de loi 16 a mis fin à l’incapacité juridique des femmes mariées, sans pour autant assurer l’égalité de fait au sein des couples et de la famille. Cependant, les mouvements féministes dénoncent ces inégalités juridiques. En 1981, le nouveau droit de la famille reconnaît la pleine égalité des conjoints et en 1989, la loi sur le patrimoine familial prévoit un partage égal de différents biens lors d’un divorce. Ces droits sont obtenus grâce aux pressions des groupes féministes exercées sur le gouvernement québécois. Au sujet du statut des femmes autochtones, la Loi sur les Indiens prive ces femmes de leur statut et de leur droit de vivre dans les réserves si elles se marient avec un homme blanc. En 1967, Equal Rights for Indian Women a été fondé par Mary Two-Axe Earley dans le but de modifier la Loi sur les Indiens (Baillargeon, 2012, p. 207). Malgré la crainte des hommes que les Blancs mariés aux femmes autochtones se répandent dans les réserves, en 1985, la loi C-31 est adoptée et elle redonne le statut d’Indiens aux femmes des communautés autochtones (Baillargeon, 2012, p. 208). Ces femmes victimes de discrimination systémique, sexuelle et raciale ont, toutefois, bénéficié de cette reconnaissance juridique.

Image de Mary Two-Axe Earley

            Enfin, le 6 décembre 1989 a provoqué un énorme choc post-traumatique pour les communautés féministes. Marc Lépine tue 14 femmes à l’École Polytechnique en proclamant haut et fort sa haine pour les féministes (Baillargeon, 2012, p. 212). Au cours des années 1990, nous assistons à la croissance du mouvement antiféministe[1] et, plus tard, à celle du mouvement masculinisme[2], qui peut englober une perception antiféministe. Certains jugent que la lutte des femmes vient déranger les autres luttes jugées plus importantes, comme l’enjeu national qui prend beaucoup de place à l’époque (Baillargeon, 2012, p. 213).

            La transition à une société néolibérale qui préconise le retour au libre marché et le renversement de l’État-providence fait son entrée dans la société québécoise au tournant des années 1990 et les femmes et les mouvements féministes doivent composer avec ces nouveaux enjeux. Malgré la poursuite de la lutte féministe sur plusieurs fronts, ces femmes sont souvent la cible d’attaques malveillantes. Avec la venue du capitalisme marchand et de son caractère individualiste, les actions collectives sont souvent perçues comme insensées. L’analyse de l’autrice se termine vers 2010. Comme mentionné, l’antiféminisme et le masculinisme sont des transformations importantes par les proportions écrasantes qu’ils prennent vers les années 1990 dans la société québécoise. Ces transformations se traduisent, notamment, aux plans culturel et médical.

            En effet, la hausse de l’immigration dans les années 1990 et 2000 entraîne une diversification de la société québécoise et les « minorités visibles » suscitent des craintes chez certaines personnes. La question des « accommodements raisonnables », qui est un « principe balisé par les Chartes visant à faire respecter le droit à l’égalité par l’assouplissement de règles susceptibles d’engendrer des formes indirectes de discrimination » (Baillargeon, 2012, p. 216), incite le gouvernement à créer une Commission de consultation sur les pratiques d’accommodements raisonnables en lien avec les différences culturelles. Cette Commission laisse parfois apparaître l’expression de sentiments xénophobes et racistes. En effet, beaucoup de Québécois se sentent menacés par le fait de perdre leur identité canadienne-française. L’enjeu du voile remet en question les valeurs de la société québécoise. Étant perçu comme le symbole parfait de la soumission des femmes aux hommes dans les communautés musulmanes, le voile pose un problème et il est perçu comme une forme d’opposition entre le groupe majoritaire et les « minorités visibles ». En effet, la question du port du voile, qui porterait préjudice aux femmes dans l’espace public, est instrumentalisée seulement dans le but de mieux affirmer la supériorité du groupe majoritaire. C’est une remise en question de l’égalité des genres et de la laïcité (Baillargeon, 2012, p. 217). Comme Denyse Baillargeon l’a si bien mentionné : « Les femmes représentent un puissant emblème de la spécificité de la nation dont on cherche à tracer les frontières » (Baillargeon, 2012, p. 218).

            De plus, une transformation médicale observable qu’est la médicalisation de la maternité s’accentue durant la période. Certaines actions comme l’amniocentèse pour les femmes enceintes ou la procédure de l’épidurale et du monitorage fœtal durant l’accouchement deviennent des procédés utilisés de plus en plus fréquemment. Ces procédures ont été fortement encouragées par les médecins qui souhaitaient réguler le comportement des futures mères et des mères (Baillargeon, 2012, p. 220). En effet, les médecins prennent des décisions pour ces femmes. De plus, « (…) le discours médical se montre alarmiste, jouant sur les angoisses et la culpabilité des mères pour mieux s’imposer » (Baillargeon, 2012, p. 221). Aussi, les médecins s’opposent fortement au retour des sage-femmes, craignant de perdre une partie de leur clientèle. Ces sage-femmes luttent pour la reconnaissance de leur profession et elles sont vivement encouragées par les mouvements féministes qui revendiquent, entre autres, l’humanisation de la naissance. Elles obtiennent, finalement, une certaine reconnaissance à travers la création d’un programme de formation universitaire possible dès 1999 (Baillargeon, 2012, p. 221).

            Bref, le patriarcat, le capitalisme, le racisme et le colonialisme sont les maux de la société québécoise. La montée des mouvements antiféminisme et le masculinisme viennent teinter les luttes de l’époque. Toutefois, le mouvement féministe est toujours en marche.

Photo prise par http://fb.com/emiliephotographiequebec lors du colloque féministe du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale (RGF-CN) le 20 octobre 2022.

Bilan

            Les chapitres étudiés permettent de bien comprendre les changements sociétaux qui s’opèrent des années 1960 jusqu’à 2010. Pendant cette période de 50 ans, l’éclatement des sphères privée et publique a nettement amélioré les conditions de vie des femmes sans, toutefois, assurer leur pleine égalité aux hommes. En effet, elles obtiennent plus de responsabilités que de droits. Les textes à l’étude servent également à mettre en contexte la montée fulgurante du mouvement antiféministe.

[1] « L’antiféminisme est un contre-mouvement qui s’oppose au mouvement féministe et cherche à faire obstacle à l’émancipation des femmes », qui actuellement s’articule sous une forme contemporaine, nommée masculinisme (Dictionnaire en ligne, Microsoft Bing). (s.d.).

[2] Le masculinisme englobe l’ensemble des mouvements sociaux qui se préoccupent de la condition masculine. Peut englober une perception antiféminisme (Dictionnaire en ligne, Microsoft Bing). (s.d.).

Bibliographie

Baillargeon, Denyse, « La révolution féministe », 1966-1989 », ch. 7 de Brève histoire des femmes au Québec, Montréal, Boréal, 2012, p. 181-213.

Baillargeon, Denyse, « Les femmes dans une société  néolibérale, 1990-2010 », ch. 8 de Brève histoire des femmes au Québec, Montréal, Boréal, 2012, p. 215-244.

Groupe d’histoire de Montréal, Denyse Baillargeon, McGill, 2021. Page consultée le 25 novembre 2021 : https://www.mcgill.ca/ghm-mhg/fr/members/baillargeon.

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